Tempêtes et sylviculture
Publié le 29 juin 2024
Les tempêtes, comme de nombreuses autres perturbations, font partie du cycle naturel de la forêt. Certes, elles signifient désarroi et pertes financières pour les propriétaires, mais aussi renouveau, régénération, et opportunités de réorientation pour l’écosystème forestier.
Les impacts des tempêtes
Grâce aux perturbations – tempêtes, incendies, avalanches, glissements de terrain, insectes ravageurs, agents pathogènes –, la diversité des structures et des espèces animales et végétales se voit renforcée. Les répercussions sur les prestations de la forêt varient localement selon les conditions stationnelles* et la naturalité des boisements : plus un peuplement est mélangé et proche de son état naturel, mieux il s’accommode des changements.
La gestion d’événements météorologiques extrêmes invite d’abord à l’humilité. Gérer les perturbations naturelles, c’est reconnaître que la nature dépasse l’homme et que ce dernier n’est pas seul maître à bord.
Les tempêtes, par leur violence, ont la particularité d’occasionner des effets spectaculaires en peu de temps. Les conséquences pour les personnes concernées (propriétaires et usagers) sont indéniables : bois renversés, cassés, accès limité. Les pertes économiques de tels événements sont immédiates et prolongées, car il faut des décennies pour retrouver des bois commercialisables et des prestations de qualité dans les peuplements les plus dévastés.
Quelle sylviculture ?
En sylviculture proche de la nature, la forêt est considérée comme un milieu vivant, à l’équilibre duquel participent des centaines d’espèces de plantes, de mousses, de lichens, de champignons, de bactéries et d’animaux. L’humain est lui-même un maillon de cette communauté, puisant en elle les ressources et prestations dont il a besoin.
Les forêts étagées et mélangées permettent d’atténuer les effets négatifs des perturbations. D’abord parce qu’elles sont souvent plus résistantes aux aléas que les peuplements uniformes, ensuite parce qu’elles disposent de jeunes arbres préétablis facilitant la renaissance et la cicatrisation de l’écosystème après un important bouleversement. Si les surfaces ouvertes par les perturbations sont positives en termes d’adaptation au changement climatique – du fait de l’arrivée d’essences pionnières et héliophiles (s’épanouissant au soleil) qui contribuent à la promotion du mélange –, l’adaptation est encore plus efficiente lorsque des forêts étagées jouxtent ces ouvertures ; ainsi la diversité structurelle de la forêt est renforcée à diverses échelles.
La gestion d’événements météorologiques extrêmes invite d’abord à l’humilité. Gérer les perturbations naturelles, c’est reconnaître que la nature dépasse l’homme et que ce dernier n’est pas seul maître à bord. L’idée fondamentale après une perturbation n’est pas de déployer un travail agité de propreté, mais de laisser le temps à l’écosystème d’exprimer sa créativité, sa naturalité, son rythme, ses processus. Pour éviter toute réaction précipitée les consignes devraient être les suivantes :
- Sécuriser les infrastructures et les lieux fréquentés.
- Estimer l’ampleur des dégâts et les conséquences de ceux-ci.
- Aviser les utilisateurs de l’aire boisée des risques accrus (p. ex. chute d’arbres et de branches).
- Informer les autorités et la population sur les causes et les effets de la perturbation.
- Évaluer les possibilités d’instaurer des réserves forestières ou des îlots de sénescence.
- Récolter uniquement les chablis (arbres déracinés ou brisés par le vent) commercialisables, en respectant le sol.
- Tolérer les espaces vides, ainsi que les arbres encore vigoureux – les rescapés – qui seront de précieux semenciers pour le futur.
En bref : il s’agit d’accompagner la dynamique naturelle, avec respect et confiance. Un sylviculteur efficient est un sylviculteur qui sait où et quand il ne faut pas intervenir !
* Une station forestière est une étendue de terrain de superficie variable, homogène sur les plans du climat, du relief, du sol et de la végétation spontanée.